La numérisation des organismes de formation privés est encore très partielle

Les organismes de formation ont encore du chemin à faire pour s’adapter à la révolution digitale. Une étude réalisée par leur branche témoigne d’une numérisation encore très partielle des organismes mais aussi d’une prise de conscience unanime des impacts de la digitalisation sur les emplois et les compétences. Plus de la moitié des organismes de formation privés (52 %) ne réalise aucun chiffre d’affaires en formation digitale.Ce constat surprenant est extrait de l’étude sur l’impact de la digitalisation sur les métiers dans les organismes de formation réalisée par la branche des organismes de formation privés, via son Observatoire prospectif des métiers et des qualifications.

Toutefois, « ces chiffres diffèrent très fortement selon la taille des organismes puisque parmi ceux comptant au moins 20 équivalents temps plein (ETP), ils ne sont qu’un tiers (31%) dans ce cas », nuance Cécile Hervier du cabinet Ambroise Bouteille, auteure de cette étude publiée le 9 janvier 2017.

D’après Joël Ruiz, directeur général d’Agefos PME, financeur de cette étude [3], ce constat est à mettre en lien avec le baromètre Perspectives 2017 qui révèle un niveau de maturité très différent d’une PME à l’autre face à la révolution digitale, et au sein même de ces entreprises, entre les dirigeants et les salariés.

Seuls 45 % des patrons de PME/TPE voient dans la transition numérique une opportunité pour leur entreprise, alors que 57 % des salariés, de plus en plus connectés, estiment que cette mutation est un atout pour leur profession et non un facteur de risque. « Nous sommes dans l’obligation d’accompagner cette transformation de l’offre de formation », relève Joël Ruiz.

L’accompagnement porte autant sur la digitalisation des organismes en tant qu’entreprises (dématérialisation des relations avec les clients et de la gestion des ressources : planning des formations, réservation des salles…, mise en place d’outils de travail collaboratifs, etc.), qu’en qualité de dispensateurs de formation.

De plus en plus sollicités par les entreprises (surtout les plus grandes), les prestataires doivent intégrer des outils digitaux dans leur pédagogie afin de répondre aux attentes résumées dans l’acronyme « Atadawac » pour « Any Time, Any Where, Any Device, Any Content ».

Prise de conscience unanime

La branche des organismes de formation constate donc « une numérisation encore très partielle des organismes de formation, avec un retard – toutefois limité – des petits organismes, mais une prise de conscience unanime, partagée en outre tant par les directions des organismes que par les formateurs, d’impacts significatifs sur les emplois, et majeurs sur les compétences ».

Dans la plupart des organismes, la digitalisation a un impact fort sur les systèmes d’information (SI). Les compétences de cette fonction doivent « fortement » évoluer, d’après 39 % des organismes interrogés. Toutefois, les effectifs de cette filière devraient rester « stables » pour 55 % des prestataires répondants. De nouvelles compétences émergent ou se renforcent dans toutes les fonctions : support (suivi administratif, relations avec les financeurs…), marketing, promotion, commercialisation, dans les métiers de l’animation (maitrise des outils de la classe digitale, des différents environnements techniques : LMS, etc.), dans la conception de parcours mixant différentes modalités de formation, dans le développement du e-tutorat…

« Les formateurs anticipent tous des impacts forts sur leurs métiers », confirme la consultante. Avec une interrogation : « Faut-il se former à l’ensemble des nouveaux outils ou bien se spécialiser sur certains d’entre eux ?  » Si certains formateurs se déclarent « enthousiasmés » par cette transformation de leur métier, d’autres « manifestent une certaine inquiétude ». Cette révolution ne doit pas non plus « laisser de côté » les nombreux formateurs indépendants qui ont, eux aussi, besoin de se former, met en garde Martine Gourdin, présidente (CFTC) du Comité paritaire de pilotage de l’Observatoire (CPPO).

Le stage n’est pas mort

Si 52 % des organismes interrogés déclarent ne réaliser aucun chiffre d’affaires en formation digitale, c’est que le présentiel domine encore dans les offres, souvent associé à une offre complémentaire à distance. « Récemment encore, les pure players prédisaient la mort du stage », note Jacques Bahry, co-président (FFP) de la Fédération de la formation, vice-président du CPPO. C’est plutôt « vers un modèle mixte que s’orientent les organismes ».

L’étude montre que 72 % des organismes de formation mobilisent des outils numériques dans les parcours de formation qu’ils proposent. Jacques Bahry souligne également la montée en puissance de “nouveaux entrants” sur le marché de la formation : éditeurs et petites start-up. Enfin, si l’étude met en évidence certains freins à la digitalisation dans les organismes, ceux-ci semblent davantage factuels (manque de temps, investissement trop élevé…) que culturels ou psychologiques.

En complément de cette étude qui va désormais être présentée par la branche dans plusieurs villes de France (à Caen, le 30 janvier), le CPPO a lancé le 9 janvier une nouvelle étude visant à produire une cartographie des métiers et des compétences des organismes de formation touchés par la digitalisation. Elle devrait être prête d’ici mi-2018.

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